La régate
Interviews
02.02.2010
Harold Bennett, Directeur de Course
Comment préparez-vous ces régates inédites avec notamment cet immense plan d’eau, éloigné du rivage et qu’il faut sécuriser ?
Harold Bennett : « Comme pour toute autre régate, il faut bien se préparer. Il est essentiel d’être bien entouré et c’est le cas. Nous avons travaillé en amont sur beaucoup de points auxquels nous avons été confrontés en raison de l’éloignement du plan d’eau comme par exemple, la communication et les conditions de navigation. Nous avons étudié cela de près et il y a donc eu un gros travail de préparation mais la plus importante partie – en ce qui concerne la zone de course proprement dite – a vraiment commencé il y a une ou deux semaines. »
Cette éloignement impliquera-t-il un départ très matinal pour se rendre sur le plan d’eau ?
HB : « Le timing n'est pas un problème. Nous savons que si nous voulons être prêts pour un départ à 10h00 ou à 10h30, il nous faudra quitter le port entre 7h00 et 7h30 et nous rendre sur la zone de course que nous pensons être la meilleure sur la base des informations météo dont nous disposerons. Nous allons donc partir et faire en sorte que tout soit mis en place afin que nous puissions donner un départ à l'heure prévue. »
Que penser de ces conditions de course finalement très hivernales ?
HB : « L'hiver, il fait froid pour lancer un départ et le vent n’arrange pas les choses. Par exemple, le jour où la température de l'air tourne autour de 12 ou 14, le vent peut la faire chuter de 5 degrés. Cela impacte la météo. Jusqu’ici les conditions de vent ont été changeantes et difficilement prévisibles. Les gars ont eu du mal à obtenir des prévisions fiables. Nous avons ce problème à gérer au jour le jour, il faut donc aller sur le plan d’eau et faire au mieux. »
La sécurité sur cette vaste zone est un élément important. Quelles sont les dispositions et quels sont les conseils. Qui peut aller sur l'eau pour voir les régates et comment ?
HB : « Nous travaillons avec notre propre flotte de 12 bateaux et également en coopération avec les autorités locales qui nous aident à garder la zone la plus dégagée possible. Nous attendons beaucoup de cette aide et de cette coopération. Notre préoccupation principale est de garder clair le secteur autour de la zone de départ, des bouées et des bateaux des concurrents. L'aide supplémentaire sert à l'application des règles en vigueur par les autorités locales. »
« Tout d'abord, les personnes qui souhaitent sortir en mer pour assister aux régates doivent vérifier que leur embarcation soit bien certifiée pour naviguer en dehors de la zone des cinq milles car une grande partie du parcours va bien au-delà et entre même dans les eaux internationales. Par conséquent, des bateaux qui n'ont pas cette qualification sont susceptibles de tomber sous le coup de la loi. Les bateaux des équipes doivent également tous s'y conformer. Tout bateau spectateur doit être en accord avec les réglementations qui sont les réglementations locales espagnoles. C'est le premier point. Toute personne qui envisage de sortir doit y être bien préparé. »
"Au-delà de la zone de départ, une partie importante du plan d'eau sera fermée. Personne n'a jamais vu deux bateaux de ce type naviguer ensemble. Ces bateaux ont besoin de beaucoup de marge de manœuvre et nous espérons avoir bien anticipé cela car la première fois que nous les verrons bord à bord ce sera le jour de la première course. Nous devrons donc être très vigilants. »
« Les spectateurs doivent respecter les instructions qui leur seront données sur l'eau à partir de nos vedettes et des bateaux de sécurité. Je pense également qu'ils devraient être à l'écoute de la VHF sur laquelle nous diffuserons un maximum d'informations sur le canal 77. Bien qu'ils puissent se trouver hors de portée, ceux qui seront à proximité de nous seront en mesure de récupérer ces instructions. Il est donc très important de garder la radio allumée. Ces bateaux sont très rapides et moins maniables qu'un monocoque. Si vous coupez leur route, vous avez toutes les chances de vous faire passer dessus et nous voulons éviter tout accident. Tous ceux qui seront sur l'eau devront rester à l'écoute et respecter les consignes sur l'eau et à travers les médias. »
La vitesse de ces deux multicoques va compliquer le suivi des arbitres et des bateaux de l'organisation. Qui d'autre pourra suivre les bateaux de course ?
HB : « Nous savons d'expérience que suivre ces bateaux va être difficile et que ce sera le cas pour les arbitres comme pour tout le monde. Et j'entends par là tout ceux qui sont autorisés à suivre les concurrents, c'est à dire en priorité le bateau suiveur de chaque équipe (et celui de secours), celui des arbitres, l'un de nos semi-rigides destiné à la communication entre les multicoques et nous, et vraisemblablement un bateau de la Guardia Civile. Tous les autres bateaux n'y seront pas autorisés et les représentants des autorités maritimes devront les empêcher d’approcher. »
Quels autres défis devez-vous relever ?
HB : « Il y a une importante phase d'apprentissage pour tous. Le fait de connaître Valencia joue en notre faveur même si les conditions météo sont différentes et un peu plus difficiles en hiver. En ce qui concerne les bateaux des concurrents, nous en apprenons un peu plus à chacune des sorties que nous effectuons. Nous parlons avec les marins et nous nous tenons au courant de ce qu'ils font. Pour la 32e America's Cup, il y avait une montée en puissance avec les « Acts » (régates préliminaires) et toutes les autres épreuves mais cette fois, nous devons bien faire les choses dès le premier jour et c'est cela notre plus grand défi. »
Vous avez été l'entraîneur du skipper de BMW ORACLE Racing, Russell Coutts et de celui d'Alinghi, Brad Butterworth, il y a une trentaine d'année et vous avez une relation forte avec chacun d’eux, cela pourrait-il affecter vôtre rôle ici ?
HB : « Ma relation avec Russell et Brad, comme avec une grande partie des marins présents sur ces bateaux, remonte à quelque chose comme 30 ans, quand beaucoup débutaient. Comment gérer ça ? J'ai un travail à faire. Ils ont un travail à faire et il arrivera bien un jour, j'en ai la conviction, où nous ne serons pas tous les trois du même avis. Et si tel est le cas, nous débattrons et une fois que ce sera fini, ce sera fini, c'est tout. Bien que nous soyons tous les trois de différents côtés de la barrière, nous chercherons la meilleure solution possible afin de remplir au mieux notre mission. Nous nous retrouverons ensuite comme les vieux amis que nous sommes. Je les connais aussi bien qu’ils me connaissent et c'est aussi simple que cela. »






