ATTRAPE MOI SI TU PEUX!
Defiler
Defiler

La régate

News

News | Interviews

14.02.2010

Autour de l'aile

Architectes, aérodynamiciens, calculateurs, marins, de nombreux français ont collaboré à la naissance du trimaran américain et de cette aile qui fait couler tant d’encre à travers le monde. En ce lendemain de victoire, trois d’entre eux se sont pliés au jeu des questions/réponses avec la presse. Morceaux choisis.

Joseph Ozanne, 30 ans, seconde campagne America’s Cup avec BOR, Chef de projet du design de l’aile rigide :

« Larry a été vite convaincu par l’aile. Lorsque nous lui avons montré le dessin avec la taille de notre aile par rapport à celle d’un Boeing 747, il a été tout de suite enthousiaste.

Si nous devions en refaire une, la voile idéale serait plus grande, moins épaisse, avec sûrement plus d’éléments, tout ça dans le but de s’affranchir complètement de la voile d’avant dont nous avons encore besoin lorsque le vent faiblit (sous 12/13nds). Cela nous ferait gagner encore énormément de poids. Le choix de l’aile n’a jamais été remis en cause pour des doutes sur la performance, l’aérodynamisme ou la mise en œuvre, mais le projet aurait pu ne pas aboutir pour des questions de logistique. Manipuler à terre et entreposer ce type d’objet n’est franchement pas évident. Mais une aile rigide peu fonctionner sur n’importe quel type de bateau. On a même pensé à des systèmes pour l’ariser (réduire sa surface en navigation) mais ce n’était pas réaliste, toujours d’un point de vue logistique.

Lorsque Banque Populaire (trimaran de record) traverse l’Atlantique en quatre jours, on connaît la météo du départ à l’arrivée, alors pourquoi pas imaginer le faire avec une aile. Evidemment pas avec celle-ci. Elle a été spécifiquement conçue pour le DoG Match selon les termes du Deed Of Gift. C’est d’ailleurs pour cela que nous avons pu le faire, car sinon cela était clairement interdit dans la jauge des Class America V5 (monocoques de l’édition 2007).

Il évidemment qu’en tant qu’ingénieur, un tel projet arrive une fois dans une vie. »


Dimitri Despierres, 36 ans, 4e campagne America’s Cup et seconde avec BOR, chef ingénieur de l’aile :

« L’aile mesure désormais 68 mètres de haut. De huit, nous sommes passés à neuf volets dès que nous avons appris le choix d’Alinghi pour disputer la Coupe à RAK où les conditions sont très légères. Nous n’avions pas d’autre choix que de réduire notre déficit dans le petit temps. L’opération a été assez simple au final. Nous avons rallongé le mât et adapté un nouveau volet – 150/250 kg – dont la mise en œuvre n’est pas si complexe puisqu’il y a relativement peu d’efforts en haut de l’aile.

Je ne sais pas si elle coûte plus cher qu’un gréement classique, surtout quand il faut développer mâts, bômes, deux ou trois grand voile, avec le coût des pièces mais aussi le temps de conception et de mise au point. Avec l’aile, c’est vrai que nous sommes tombés assez juste tout de suite. On a fait des premiers essais en tension, dans un hangar à San Diego, avec des configurations un peu extrêmes et tout s’est bien passé. Et dès la première navigation, James (Spithill, skipper/barreur) était déjà sur un patin (sur une coque ndr). Aujourd’hui, tous les points sur nos systèmes de prévisions de vitesse (VPP) avec l’aile sont au-dessus de ceux d’un gréement classique. La vitesse maximum atteinte avec l’aile est comprise entre 40 et 45 nœuds. Nous nous sommes même demandé à un moment si la plateforme d’Alinghi n’était pas meilleure que la nôtre pour l’aile.

Pour ce qui est de l’avenir de l’America’s Cup en cas de victoire, Russell (Coutts, directeur de l’équipe) nous informe régulièrement de ses envies mais Larry (Ellison, patron de BOR) ne se prononce pas avec nous, ce qui est normal. »


Thierry Fouchier, 43 ans, 3e campagne America’s Cup et, depuis hier, le premier français à avoir gagné, à bord, une manche de l'AC Match, assistant piano et régleur voile d’avant :


« Nous avons navigué avec 18/20 nœuds de vent établi à San Diego et si ces conditions se présentent, il n’y a aucune raison pour que l’on mette le frein. Le choix de naviguer avec ou sans voile d’avant dépend de la force du vent, en dessous de 13/14 nœuds environ mais aussi du feeling de James. Comme par exemple sur la première manche où, à un moment donné (environ la moitié du bord de près), l’aile seule avait un meilleur rendement. Le vent a ensuite faibli et il fallait remettre des chevaux, alors on a redéroulé le génois.

Avec l’aile, on a simplifié l’utilisation du bateau. A la différence d’une voile classique qui se déforme tout le temps, ici, on a un contrôle instantané et très précis de la forme. Les flotteurs d’Alinghi sont plus volumineux alors que les nôtres se calent vite comme sur les rails. Nous sommes stables sur l’eau.

D’un point de vue sportif, nous n’avons pas pu répéter avec un autre bateau alors, on invente tout à chaque départ. Vendredi, nous nous sommes retrouvés arrêtés (avant de prendre le départ), entre autres parce que nous étions trop avancés par rapport à Alinghi et pour virer, notre foc doit passer devant le « baby stay » (petit étai d’avant), ce qui prend un peu de temps. Nous sommes mal partis mais, au final, cette victoire nous a donné la satisfaction au regard du travail réalisé. Tu te dis que l’équipe vient de faire un pas. C’est évident qu’après une telle expérience, cela ne me donne pas envie de faire des bords de portant à 13 nœuds en monocoque. » 

 Toutes les news

ES EN FR